jeudi 30 juillet 2009

The sky around the corner

C'est un geste simple, ça : lever la tête, se tordre un peu le cou, et apercevoir un coin de ciel.
"Troi oi !", comme on le répète à l'envi par ici, mais voici un coin de bleu, difficile à contempler en ces jours de mousson, et qu'il faut garder en mémoire. Il resservira tantôt, lorsque les couleurs maussades auront repris tout l'horizon.

samedi 18 juillet 2009

En travaux #1

Une pièce vide au second.
Les murs, le plafond, sont gris.
Au sol, de l'eau.
Une couleur profonde, et les restes du chantier.
La fenêtre est ouverte.

mardi 14 juillet 2009

Fers à béton

Les voilà,
en pâture aux vents,
aux aléas du climat,
aux chutes et aux soupirs.
Les voilà pris au fait.

samedi 11 juillet 2009

The sandman

Il a revêtu un appareil plutot simple aujourd'hui. Une apparence anodine, sur ce chantier de campagne. Il a pris son poste aux premières lueurs du jour, lorsque reviennent du royaume des rêves tous les ouvriers alentour. Il s'est mis à la pelle, pour de nouveau refaire ce tas de sable qui lui servira ce soir. Mais il faut tamiser, encore et toujours, pour que d'un sommeil doux s'endorment ceux qui passeront à sa portée.

mercredi 8 juillet 2009

Seulement deux, aujourd'hui...

Ah ah ! Qu'ils essaient donc de m'en empêcher ! Qu'ils m'adressent ce geste désinvolte d'un bras autoritaire, pour me signifier de quitter ce trottoir, de m'éloigner de cette palissade, de ce chantier où nul n'a le droit de pénétrer, encore moins de photographier. Oui, qu'ils le fassent ce geste ! Qu'ils y ajoutent même la parole, si cela leur chante ! Je ferai mine de m'enfuir sous leur quolibets inintelligibles. Mon petit doigt, lui, sait bien où appuyer !

C'est que, au jeu de la chambre photographique et du sujet saisi, la photographie a toujours eu le dernier mot.

C'est sa mise à l'épreuve.

mardi 7 juillet 2009

Télé-diagnostic

- Oui... oui... non, en observation, oui... non, pas une agonie, ni une phase terminale, encore moins une grippe maligne, non... oui, cette nuit ils me gardent... non... si, mais je serai sur pied demain, ils me l'ont dit... oui... non, pas la peine, je t'assure, mes batteries sont pleines...

vendredi 3 juillet 2009

Tours et detours

Une question soulevée : qu'en est-il vraiment de la superficie du globe terrestre, assénée doctement par tout atlas, si chaque ville multiplie par millions de mètres carrés la surface qu'occupent ses habitants ? Qui saurait additionner tous ces plateaux superposés qui s'enfoncent sous terre ou crèvent le ciel ?

Saigon l'ignore certainement, mais elle grandit d'autant.

jeudi 2 juillet 2009

Binh Thanh dance floor

Fil à plomb, équerre, niveau à bulle, enfin, tout ce qui permet d'assurer aux surfaces leurs dimensions favorites. On soigne les perspectives droites, on bâtit avec ce soin de l'oeil averti des contraintes de la gravité. On pèse chaque geste pour empiler rectilignement ces briques et ces parpaings.

Plus tard, d'autres mains tout aussi expertes manient en rythme la masse, pour frapper aux meilleurs endroits et défaire l'ouvrage en millions de cailloux.

La nuit, les teintes de la ville rendent l'endroit dansant.

mardi 30 juin 2009

In quarto

Le soir, puis la nuit.
Il y a dans ce coin de jardin quelques ombres qui discourent encore malgré l'heure obscure. Il faut tendre l'oreille pour saisir les chuchotements de ces silhouettes hiératiques, tandis que se vident lentement les verres, seuls personnages transparents de cette histoire d'ombres et de silences.

mardi 23 juin 2009

En priere

Réfléchie, elle n'en est pas moins parfaitement immobile. Il y a le geste, les mains, le visage, l'expression d'un contentement. Il semblerait facile de prêter à la statue la plénitude, parce que la pierre a laissé tomber tout effort de réflexion.
Et, n'empêche, la pierre a raison. C'est pour cela qu'elle nous fait réfléchir.

jeudi 18 juin 2009

La riposte

Juste un coup de maître,
juste un coup d'éclat,
mais
ne confondez pas,
entre un coup commettre,
et un maître à plat.

dimanche 14 juin 2009

Playground zéro #2

Ruines, donc, sous lesquelles a sombré le plus lourd des sommeils.
Il y a bien eu, avant, je crois, de ces coups sourds à réveiller les morts pour que se soient enfuis les vivants.
Ne restent que ces rêves, peut-être, écrasés sous le sommier des pierres.

vendredi 12 juin 2009

A gros bouillons

On trouve comme cela, le long du fleuve, des personnages lointains qui s'occupent avec soin du bien fondé de la réalité. Comme ces trois-là, qui cognent sans relâche pour que le bouchon ne saute pas, et que ne se vident les eaux tumultueuses de ce coin du pays.

lundi 8 juin 2009

Playground zéro #1

Les ruines s'étendent. Elles forment ça et la de gros et petits tas, et, parfois laissent place nette. On trouve alors de grandes pièces ouvertes aux quatre vents, lumineuses, mais bien peu abritées. Qu'importe ; c'est là que l'on peut jouer, à cache-cache ou saute-mouton, ou bien encore au loup, celui qui a gagné, bien sûr, contre les trois cochons.

lundi 1 juin 2009

Le ressac du hamac

Que l'on est bien dans ses filets, retenue par chacune de ses mailles, soutenue dans ce réseau de cordelettes nouées. Que l'on remue ou pas, que la houle y soit, et que bercent les vagues... la sieste vient comme cela, prisonnière du hamac.

dimanche 31 mai 2009

Echec et mât

- Là, avec mon hippocampe en C3, je prends ton phare en D5 !
- Attends, attends, tu ne perds rien pour attendre. Laisse-moi humer l'air... et regarde un peu : ma seiche en H9, la, hop, sur ton poulpe ! Ah ah ! et ta déesse Tien Hau, hein, qu'est-ce qu'elle peut faire ? Elle n'a plus qu'à attendre la fin du grain, moi j'te l'dis !
- Oh, ça sent la marée qui monte, ça !...

lundi 25 mai 2009

L'observateur

Il ne souffle plus, lui qui connaît tous les textes.
Il ne répète plus, lui qui connaît tous les gestes.
Il ne cause pas davantage,
mais, chenu,
il a toute latitude pour exprimer,
d'une inflexion du menton, son accord.

Et on passe à la scène suivante.

mercredi 20 mai 2009

Grossomodoglobalosubstantivologie

Il faut toujours que je le sorte, celui-là. Il est, il faut bien le dire, terriblement plus amusant que ce vocable inusité et vaguement bureaucratique qui tient lieu de 'mot le plus long de la langue française'. Et puis il a ce parfum des madeleines, un peu boisé et neigeux, qui rappelle sa découverte un jour d’hiver dans les Alpes d’antan. Ah, cher savant Cosinus, si tu n’avais pas été là, que saurai-je des inventions cyclopédiques ? Et j’ai pu, avec ton anémélectroreculpédalicoupeventombrosoparacloucycle, m’imaginer toutes sortes de machines farfelues et bizarres qui rouillent aujourd’hui dans un coin de mon cerveau.

Mais puisque nous en sommes aux mots les plus longs - quand bien même eut-il fallu que nous les déconstitutionnalisassions - voyons, donc, si l’anticonstitutionnalité académique des substantifs suivants n’est pas à remettre en cause.

Si le psychiatre marmonne à ses patients qu’ils sont la proie de l’apopathodiaphulatophobie, ce n’est pas pour de rire, non, mais pour rendre cocasse la peur de la constipation.
Et si le catéchumène prononce d’une voix tremblante hexakosioihexekontahexaphobie, c’est qu’il a un souci avec la bête et son nombre 666, dont il est fabuleusement effrayé.
Quant au chimiste, il a pour lui le pouvoir démiurgique de créer avec ses molécules les mantra les plus magiques. Ainsi, d’un simple C1289H2051N343O375S8, le voici qui psalmodie
Methionylglutaminylarginyltyrosylglutamylserylleucylphenylalanylalanyl
glutaminylleucyllysylglutamylarginyllysylglutamylglycylalanylphenylalanyl valylprolylphenylalanylvalylthreonylleucylglycylaspartylprolylglycyl isoleucylglutamylglutaminylserylleucyllysylisoleucylaspartylthreonylleucyl isoleucylglutamylalanylglycylalanylaspartylalanylleucylglutamylleucyl glycylisoleucylprolylphenylalanylserylaspartylprolylleucylalanylaspartyl glycylprolylthreonylisoleucylglutaminylasparaginylalanylthreonylleucyl arginylalanylphenylalanylalanylalanylglycylvalylthreonylprolylalanyl glutaminylcysteinylphenylalanylglutamylmethionylleucylalanylleucyl isoleucylarginylglutaminyllysylhistidylprolylthreonylisoleucylprolyl isoleucylglycylleucylleucylmethionyltyrosylalanylasparaginylleucylvalyl phenylalanylasparaginyllysylglycylisoleucylaspartylglutamylphenylalanyl tyrosylalanylglutaminylcysteinylglutamyllysylvalylglycylvalylaspartylseryl valylleucylvalylalanylaspartylvalylprolylvalylglutaminylglutamylseryl alanylprolylphenylalanylarginylglutaminylalanylalanylleucylarginylhistidyl asparaginylvalylalanylprolylisoleucylphenylalanylisoleucylcysteinylprolyl prolylaspartylalanylaspartylaspartylaspartylleucylleucylarginylglutaminyl isoleucylalanylseryltyrosylglycylarginylglycyltyrosylthreonyltyrosylleucyl leucylserylarginylalanylglycylvalylthreonylglycylalanylglutamylasparaginyl arginylalanylalanylleucylprolylleucylasparaginylhistidylleucylvalylalanyl lysylleucyllysylglutamyltyrosylasparaginylalanylalanylprolylprolylleucyl glutaminylglycylphenylalanylglycylisoleucylserylalanylprolylaspartyl glutaminylvalyllysylalanylalanylisoleucylaspartylalanylglycylalanylalanyl glycylalanylisoleucylserylglycylserylalanylisoleucylvalyllysylisoleucyl isoleucylglutamylglutaminylhistidylasparaginylisoleucylglutamylprolyl glutamyllysylmethionylleucylalanylalanylleucyllysylvalylphenylalanylvalyl glutaminylprolylmethionyllysylalanylalanylthreonylarginylserine.

Avouons ici que les trantriques et autres hindous n’ont qu’à bien se tenir…

jeudi 14 mai 2009

Keep out

Et voilà !
De quoi, donc, se prendre quelques gamelles...


Et si votre cordon doit bleuir, peut-être pourriez-vous jeter un œil circonspect ici.