samedi 4 janvier 2014
lundi 7 octobre 2013
Du bagne au cimetière
Grande-Condore, 23 Janvier 1952.
Un gâchis. Un indéchiffrable,
lamentable, terrible gâchis.
Je les entends
encore psalmodier ces chants du nord, sous les menaces des gardiens. Tous ces
prisonniers, tous animés d’une ferveur sourde, indéfectible, et à qui nous
venons d’offrir le plus précieux des gains. Ils ont une martyre maintenant, et
quelle martyre !
Je la revois
entrer dans l’enceinte de la prison il y a quelques jours, sous bonne escorte. Emaciée, depuis 5 ans que les autorités du continent l’ont gardé en détention dans les cachots
de Đất Đỏ, Bà Rịa et les quartiers de Chí Hòa pour y attendre son procès sous l’administration
centrale, elle n’avait pas perdu son assurance d’adolescente rebelle. Il faut
dire que sa détermination n’avait d’égal que la stupidité et l’esprit de
revanche qui animaient la cour militaire qui l’avait jugée il y a trois ans :
comment ne pas y voir un aveuglement de la part des colons, pour condamner à mort
une jeune révolutionnaire mineure, à qui ils ont imputé tous les attentats à la
grenade de la province de Cap Saint Jacques ?
Oh, je suis
certain que des grenades, elle en a balancé sur des troupes françaises, et
surtout sur ces traîtres à la cause Việt Minh, ces informateurs vietnamiens à
la solde du gouvernement colonial. Une, au moins, a explosé dans l’enceinte du marché
de Đất Đỏ, le 14 juillet 1948, tuant un officier français et blessant une
douzaine de soldats. Celle-là, elle l’a dégoupillée, elle l'a lancée, elle l'a revendiquée, et en était très fière.
Mais les autres ? Elle était surtout un courrier pour la cause révolutionnaire,
et une farouche indépendantiste, exaltée comme on peut l’être à cet âge et en
ces temps si troubles… Qui ne l’était pas au lendemain de la guerre, après la
chute de l’Empire Nippon, et les promesses venues du Tonkin ?
Toujours est-il
que, d’un coup de maillet, ils en ont fait un exemple pour le peuple indigène, mais
surtout pour le Việt Minh. Et, finauds, ils ont contourné leur propre code de
loi pour arranger son exécution dès son 19e anniversaire, loin des
regards, sur cette île de l’archipel de Poulo-Condore, que les habitants
appellent Côn Sơn.
Côn Sơn. C’est la
prison la plus célèbre du pays, dit-on. Elle a été construite bien avant le temps de l'Indochine,
par le pouvoir impérial annamite, pour y bannir les indésirables. Dès 1862, l’administration
militaire de Cochinchine y installa une petite garnison, et reprit le bagne à
son compte, avec ses fameuses cages à tigre, reliquat de l’art subtil des
tortures lentes d’Extrême-Orient…
Võ Thị Sáu n’eut même
pas droit à ce traitement spécial. Non, on l’enferma dans les baraquements situés
en face du bureau pénitentiaire, pour y attendre son heure.
Ce matin, à l’aurore,
on la fit sortir sous bonne garde, puis on la conduisit à l’office pour y être baptisée.
Elle ne résista pas, mais je revois encore son visage impassible, insensible aux
incantations latines. Lorsque le prêtre lui demanda si elle éprouvait
quelque remord avant de périr, elle murmura des paroles de défiance, mais j’étais
trop loin pour en saisir le sens. Puis, vers 7 heures, elle fut escortée sur le
troisième champ de tir. Là, elle fit esclandre, refusa qu’on lui bande les yeux,
et se mit à chanter.
Enfin, le peloton
fit feu. Les balles claquèrent. Elle tomba face contre terre.
Plus tard, la mélopée
commença, parmi les prisonniers, et fut reprise par les villageois qui accompagnèrent
sa dépouille vers le cimetière.
Nào anh em ta
cùng nhau xông pha, lên đàng
Kiếm nguồn tươi
sáng.
Ta nguyện đồng
lòng điểm tô non sông
Từ nay ra sức anh
tài...
Elle y repose maintenant, enterrée sous un monticule sans identification, mais je soupçonne la population de vouloir y dresser une stèle. C’est un présage, un mauvais présage pour l’avenir de la colonie, et je ne peux que mépriser ces ordres ineptes qui ont conduit à cette mort-là. Inutile. Si futile…
dimanche 6 octobre 2013
Mare mensam
Collation matinale, devant l’océan.
La plage, tout comme le réfectoire, semble vide de tout occupant.
L'archipel est désert, en cette basse saison...
samedi 5 octobre 2013
Les cieux de Côn Sơn
D'un bout à l'autre de la piscine devant le bungalow, le ciel du matin côtoie celui de l’après-midi.
Teintes bleu-gris, vertes et ocres. Et l'horizon ?
mardi 17 septembre 2013
mardi 6 août 2013
dimanche 7 juillet 2013
Les derniers feux du voyage
Lyon, bord du Rhône.
Nous flânons sous le soleil crépusculaire, pour une dernière tournée des grands ducs. La ville se devine en silhouette, comme pour suggérer un changement de décor prochain.
C'est certain, nous reviendrons !
samedi 6 juillet 2013
En descendant les alpages de Balme
Dernière balade en cette semaine montagnarde, et l'occasion de profiter des remontées mécaniques pour découvrir tout le panorama depuis le fond de la vallée, là où le col de Balme ferme l'enclos des Aiguilles Rouges et celles du cirque du Tour et d’Argentière.
Au-delà, c'est la Suisse, ou L'Italie, selon la direction que l'on prend...
vendredi 5 juillet 2013
Temps de brumes aux Grands Montets
Au dehors, cela se gâte.
Les flancs de la montagne disparaissent sous les nuées, tandis que ses cimes jouent de leurs atours de neige pour épouser le couvercle du ciel.
Dégradés.
Au doigt et à la roche
Quelle rencontre inégale, que celle de la pulpe des doigts, de la souplesse des phalanges et de la surface sinueuse de la paume avec la granulosité solide du minéral ! Le roc, qu'en a-t-il à faire de la douceur de l’épiderme, de l'élasticité des tendons, de la force des muscles ? Il lui est bien égal de voir ces mains chercher, hésiter, tâtonner, frotter, s’écorcher ! Il reste coi, simplement disponible au contact de ses appendices animés, et se laisse attraper, agripper, tirer, pour enfin permettre à l'en bas de devenir l'en haut.
jeudi 4 juillet 2013
Family business
Il est de
certaines photographies comme de
certains tableaux, en cela qu’elles semblent avoir été produites par l’œil et
la main d’un compositeur d’image. Marquée par une perspective, enclose dans un
espace, elle livre à l’observateur mille et un détails à percevoir, sur la
place et la pose des acteurs de la scène. Immobiles, certes, mais saisis dans
un écheveau de relations qu’il faut tenter d'appréhender pour échafauder l’histoire
racontée dans ce temps figé, soustrait au flux de l’action.
Là, dans cette
salle à manger, les voilà devant la cheminée, en une fin d’après midi d’été.
Ils sont tous membres d’une même famille, sur trois générations, et
entretiennent entre eux un réseau inextricable d’histoires…
Là, l’appareil
posé sur le manteau de cette cheminée, s’est fait oublier le temps d’une pose
décalée. L’obturateur a cliqueté, le capteur a enregistré l’image.
Regardons.
mercredi 3 juillet 2013
lundi 1 juillet 2013
Des vertes et des très mûres
Un soir de Juillet, dans cette vallée alpestre.
Le massif de la Verte s'allume sous les derniers feux du jour.
dimanche 30 juin 2013
Des deux côtés de la fenêtre
Se reflètent toujours ciel, forêts, sommets,
qui tiennent en ces carreaux.
Pour en être certain, lever les yeux :
Ciel, forêts, sommets,
Ce qu'on appelle la-haut.
vendredi 28 juin 2013
A l'orée des Alpes
Nous avons conquis la vallée !
Oui, cette fois, nous y sommes !
S'offrent à nous, enfin, ces adrets, ces ubacs, ces sommets, ces lacs, et toutes les herbes et fleurs et résineux !
Le chalet nous attendait, sis au flanc de sa montagne, avec sa froidure de granit et sa chaleur de vieux bois. Alors, faisant fi des conventions alpines, nous avons décidé de nous octroyer un séjour de marches lentes et plates, ici bas, près du torrent, pour mieux regarder toutes ces cimes qui jouent à cache-nuage...
mardi 25 juin 2013
Bambisme
Sur les terres d'antan, nous emmenons les enfants y voir toutes sortes d'animaux.
C'est la première fois que les filles pénètrent dans l'enceinte du Parc de la Tête d'Or, et la balade par delà la plaine, autour du lac, et du côté des manèges restera dans les mémoires.
Quant aux bêtes, elles se sont aussi bien prêtées au jeu.
mercredi 1 mai 2013
Une visite chez le luthier
Il y a, à Saigon, une rue un peu particulière, où se sont regroupés la plupart des luthiers de la ville. La parcourir dans une sens ou bien dans l'autre, et vous serez bien en peine de choisir dans quelle échoppe demander la mandoline de votre choix.
Alors, un peu au hasard, mais toujours avide de vernis et de cordes, vous ajustez vos doigts au manche si petit de l'instrument, et vous en demandez le prix.
Et, transaction faite, vous repartez avec, sous le bras, un nouvel outil musical pour faire souffrir quelque oreille...
dimanche 17 février 2013
L'écologie d'un parc : Trà Sư#1
On y arrive en véhicule à roues, mais il faut bien se rendre à l’évidence : pour pénétrer dans cette forêt-là, il faut embarquer sur un esquif et faire confiance au batelier. Lui seul connaît le chemin pour parvenir au cœur du parc, par delà les vastes prairies aquatiques et feuillues, et les canaux rectilignes qui s'entrecoupent et se perdent dans l'horizon des branches.
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