dimanche 10 août 2025

Vers les hauteurs

Mains sur le volant, yeux rivés sur le pare-brise, on obéit aux injonctions de la route devant soi. Droite, plate, celle-là n’offre de prime abord que peu d’émulation. On se prend à regarder ailleurs, l’espace d’un instant, pour observer un nuage, apprécier un clocher, jauger la hauteur des épis de blé ou des plants de maïs. Et puis, peu à peu, l’horizon se redresse. Ce sont, par degrés, des vaux et vallons, qui deviennent vite couturés de rocs nus. La conduite devient plus cadencée, on vire au gré du relief, en jouant de rapports courts et de régimes hauts, en doublant camions et caravanes, tandis que les massifs de montagne se rapprochent enfin. Le paysage s’engonce à mesure que les vallées s’étrécissent. Le ruban d’asphalte serpente de goulots en adrets, abrité parfois sous des tunnels de pierres obscures et ruisselantes. Les parapets s’endurcissent, les forêts de mélèzes s’approfondissent. Soudain, le ciel réapparaît au-dessus des cimes hautes et enneigées. On lève les yeux pour apercevoir ces lignes de crêtes majestueuses, mais on baisse vite le regard pour calquer de ses épaules la godille de la route qui poursuit son ascension vers le col prochain. Enfin, les premiers chalets du village font leur apparition, d’abord éparpillés sur les versants, pour s’agglutiner entre gare et église. On connaît le chemin, par-delà le torrent, qui va se perdre dans les pâturages d’herbe déjà bien hautes. C’est là, tout au bout, sur ce carré de pelouse qui jouxte notre vieille bâtisse de granit et de bardeaux noircis que l’on peut se garer, éteindre le moteur, ouvrir la portière et, entre sapins et bouleaux, profiter de la vue. 

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