dimanche 13 juin 2010

Les excuses du refus - lexicologiques

Après une longue absence - Le motif :
Qu'on définit ainsi : Élément d'ordre (généralement) mental qui incite à agir ou, selon le cas, à réagir (en fournissant, le cas échéant et à posteriori, une justification de l'action ou de la réaction). Et mieux encore : De croire, de voter; (n'avoir aucun) motif de se plaindre.

Bon. Pas très probant, mais, cela étant écrit, je ne peux que me soustraire à la vindicte d'un lectorat - certes pléthorique - mais quand même fidèle. Et s'il y a un ou deux os, ils ne sauraient suffire à remettre en jeu cette viable concorde. Ce disant, je balance tout de même quelques images qui traduisent l'effort pour saisir ce qu'il faut du réel, ce qu'il nous faut défendre comme vision d'esthète qui..., bon. Mais quand même. (Il est tard.)

dimanche 9 mai 2010

Rivages, visages, virages

La terre, l'eau.
Le béton, le construit,
l'inachevé.
L'habitant, le témoin.
Le bord. L'assise.

lundi 3 mai 2010

L'aérodyne

D'aucuns disent que cela vient de l'orient. Que les vents là-bas charrient des dragons de papier, et que, de fil en aiguille, ces têtes serpentines ont fini par éclore ici aussi, au gré des couvaisons que les caravanes égrènent.

C'est peut-être cela, parce que ce « cerf» qui prétendument vole, et dont nul ne saurait compter les cors, n'a rien du cervidé. Non, c'est au saurien, plutôt, qu'il faut demander des comptes, parce qu'à tout prendre des routes venues du sud, cette chose volante, appelée «serp volante» évoque davantage des têtes vipérines sur les cieux ombrageux.

Ou bien - c'est un lucanophile qui me l'a dit - non, en fait. Point de venin céleste dans l'histoire, mais un petit coléoptère qui, par ses cornes et ses élytres, trompe le monde au point de lui faire voir un fil attaché à la patte.
Un petit scarabée cerf-volant, vrombissant et bien vivant, qui, si petit soit-il, assume une bien grande métaphore.

Qu'y voir, donc, sur ces berges dégagées, prêtes à l'envol de ces toiles tendues ? Juste les ficelles, celles dévidées et celles du métier ?

dimanche 2 mai 2010

Circulez, oui, mais il y a à voir

C'est au carrefour.
Deux voies passantes,

qui mènent aux quatre coins.
Alors, bien sûr, on est sûr d'en voir,

des visages, des visages,
des gens, en passant...

mardi 27 avril 2010

Chez ce cher Ignace

Ah, Loyola !
Celui par qui la Compagnie de Jésus, un beau jour de 1540, naquit pour essaimer de part le monde, en maniant si adroitement le Livre et le Sabre. Et que l'on retrouve ici, bien plus tard, en terre saigonnaise, dans ce havre caché derrière les hautes palissades de la rue Ton Duc Thang, un peu décatie, certes, mais si prégnante dans ces séminaires à l'usage du monde.
Très cher Ignace, vois donc ce que l'enseignement est devenu ! L'heure n'est plus aux conquêtes, mais à la concorde. Alors, de ces visages fixés dans la pierre, reconnais donc le chemin à parcourir : il faut marier le regard des évangélistes barbus à celui des glabres défenseurs de la fin de l'histoire. Et tout cela dans le confinement de ton université, oui, sise dans les murs de la congrégation Saint Joseph dont, certainement, tu n'as pu franchir le seuil.

Qu'à cela ne tienne, Ignace. On jésuitera encore, c'est sûr, à l'abri de ces arcades...

jeudi 22 avril 2010

Boutures de récit : la chute de Gia Dinh

1859.Sur la rivière Saigon, c'est la canonnade. Les frégates francaises s'engagent jusqu'au confluent de l'Arroyo chinois et toutes leurs bouches à feu fument entre deux détonations. La ville basse, aux bicoques de bois et de palmes, se consume pendant que la populace fuit de tous côtés, prisonnière des flammes et des coups de mitraille. La charge sera de courte durée, mais elle est sans merci. En quelques heures, la cité n'est plus qu'un champ de ruines. On entend encore, vers le Plateau, la clameur des assaillants qui ouvrent une brèche dans la petite citadelle de Gia Dinh. Bientôt, la place forte tombe, et l'obscurité enveloppe les derniers foyers de la bataille désormais achevée.
Un peu plus haut sur la rivière, c'est un soulagement. On psalmodie encore toutes sortes de prières, on invoque tous les génies du lieu, et l'on guette l'arrivée du silence. On s'affaire aussi, dehors, car il y a fort à faire : il faut soigner, bénir, enterrer, et se garder de crier victoire trop tôt. Tous ces missionnaires en soutanes légères accueillent les conquérants avec de grandes démonstrations d'amitié. Ils voient le sang sur les armes et les corps, et se hâtent d'expier tous ces pécheurs venus pour les sauver. Ils sont saufs, oui, mais ils ne sont pas saints. Ils savent qu'un chapitre de douleur vient de se terminer, et qu'il faudra du temps pour taire les rancunes.

1860. Les Marsouins, les fantassins, les portefaix, les ouvriers, tous pataugent pour édifier au plus vite les baraquements de la Caserne. Un peu plus bas, vers la rivière, les missionnaires aussi sont en plein chantier. Il faut bâtir pour effacer les traces encore visibles des combats de l'an passé. On cuit les briques qui, sitôt sorties des fours, viennent s'empiler en bâtisses moulurées de stuc.
Il y a là le couvent, le séminaire, la basilique, le dispensaire, les communs. Et tant pis si le goupillon et le glaive sont si proches : il faut bien se tenir les coudes, d'autant que la perfide Albion n'est pas bien loin, et que l'on craint toujours les canonnières britanniques.
Alors, de caserne en église, voilà que se dessinent les premiers bâtiments de Saigon, tandis que, plus à l'ouest, au-delà de la Plaine des Tombeaux, bruit toujours le bazar chinois, illuminé de ses lanternes et de ses nombreux charmes.

lundi 19 avril 2010

Urbi et orbi

Le terrestre, le céleste,
tour à tour prisonniers,
et ces passants si prestes,
qui ne font qu'ignorer
le monde, ce monde,
sous leur tête,
sur leurs pieds.


vendredi 16 avril 2010

Monolithisme

Encore une tour, direz-vous. Certes, encore une tour, une de celles qui se dressent dans le centre, et qui surplombe les monuments alentour.
Encore une tour, et encore une attraction : ce sont les yeux vers le ciel, cette tension de la nuque, cette vision en travelling, qui monte et monte encore.
Encore une tour, saisie la nuit, bleu un peu roi et gris pas vraiment souris.
A la réflexion, peut-être même qu'il y a encore une tour, une autre, cachée derrière la première ?

jeudi 1 avril 2010

Le bout du toit

Vous savez, c'est cette heure qu'on appelle creuse. Celle qui, c'est certain, doit se trouver vers le milieu du cadran, quand on ne parvient pas à dormir et que l'on cherche les aiguilles dans le noir. C'est à cette heure-là, donc, que nous nous trouvons sur ce toit, seuls, et que devant nous brillent les mille lueurs de la ville. Et l'on peut prendre le temps de les compter, parce que, étrangement, le paysage est immobile, absolument inerte, même lorsque l'on fait un pas de plus vers le bord. Rien ne bouge, rien ne clignote, tout est figé.
C'est le creux de l'heure, et rien ne se passe.
On se contente de compter.
Il y en a tant, devant nous.
Des lumières.

vendredi 12 mars 2010

Clapiérisation

C'est d'empilement qu'il s'agit.
Un jeu de construction grandeur nature, pour caser le monde à venir.
Avec, c'est sûr, une vue imprenable sur le voisinage.

mardi 2 mars 2010

Crossblogization

Tatatatat...
Juste une mention croisée, ça et là.
Parce que la photo est jolie, non ?
Et parce qu'un billet si vite écrit,
Aussi...

lundi 1 mars 2010

Au goulot !

Soir et nocturne,
le moment où les teintes liquoreuses prennent l'éclat de toutes les ivresses,
et où l'hôtesse
saura remplir la coupe que la lie, bue en une pénultième rasade,
colorera de carmin ces lèvres desséchées.
Vite, que l'on attise la soif, que l'on serve à nouveau !
C'est moi qui régale !


dimanche 21 février 2010

Instant portrait

Pour cela, il faut une banquette de bois posée devant la maison, une canette de Root Beer préalablement ouverte, et une voisine espiègle et facétieuse. Laissez agir quelques temps, puis, muni d'un doigt et d'un déclencheur, saisissez le moment qui convient.

vendredi 19 février 2010

La closerie

Mettez m'en tout autour de la maison, que je me sente chez moi, sitôt franchi le portail.
Je veux une demeure enceinte, et inviolable.
Et je suis prêt à monter aussi haut qu'il faudra, m'entendez-vous ?

mardi 16 février 2010

Prises de Tet #9

«Et que verrions-nous, si l'on n'avait pas abattu ces murs ? Nous en serions réduits à la promiscuité obscure d'une arrière-salle abandonnée. Mais là, nenni ! Là, c'est la clarté du jour qui vient jusqu'à notre table ! C'est le regard des passants qui nous interpellent ! Et c'est nous qui interpellons en retour, pour une chopine de bière à partager entre voisins ! Alors, de ces gravas qui s'amoncellent, je dirais qu'il en faut davantage, et que ces murs encore droits, ces cloisons oppressantes, il faut les mettre à bas ! »

samedi 13 février 2010

Prises de Tet #8

C'est dans l'antichambre, à l'heure crépusculaire où passent les hôtes. On y prend le thé, en causant d'indolence, pour célébrer le temps passé à attendre celui qui vient.

mercredi 10 février 2010

Prises de Tet #7

Ces deux-là, pas bien grands,
En suspens, donnent le la :
La fête, bientôt, la fête,
Et l'année nouvelle, et l'année finie,
Et le tigre qui rugit.

dimanche 7 février 2010

Prises de Tet #6

«Oh, si je suis assise là, c'est parce j'y suis boulonnée. Enracinée, même. Je suis la conscience du quartier, la commère et la Pythie, la vigie et la mémoire. J'embrasse mon coin de monde, que je connais mieux que personne. On ne vient pas de loin pour me consulter, non, mais de tout près, des maisons en face, à côté, là et là, et là-bas peut-être aussi. Plus loin, je n'en suis pas sure. En tout cas, personne ne m'en a parlé. Alors, moi, sans qu'on vienne me dire ce qu'il y a ailleurs, je sais que je ne peux rien en dire... Il doit y en avoir une comme moi, c'est sûr, assise comme moi, les jambes plantées en terre, et qui regarde son coin et qui le connaît comme sa poche, et qui écoute et qui donne ses conseils. J'imagine même qu'elle a entendu parler de moi... »

vendredi 5 février 2010

Hangover

Eh quoi ? N'a-t-on pas le droit, comme cela, d'exprimer en trois temps le récit de Damoclès ? Et, pour bien traduire le propos, d'insister sur le fait que les cintres sont des prédateurs dont il faut se méfier.

mardi 2 février 2010

Au cap !

Juste cette écume si blanche sur cette onde si noire.
Le bateau oblong file vers la mer, là-bas, à quelques encablures.
Un trait d'albâtre qui s'efface sitôt les eaux calmées.