Je sais, je la connais cette plage, je l’ai parcourue en long, en large, à pas de charge sous les assauts des embruns, l’ardeur du soleil, les rafales des vents sableux et salés. Je l’ai parcourue d’un bout à l’autre, sur des distances démesurées, sans m’arrêter jamais, tout préoccupé que j’étais du temps qui passait, de la couleur des ciels des matins et des soirs, de la forme des vagues et du bruit du ressac. Je la connais si bien, cette plage, pour l’avoir parcourue avec toi tant et tant, portant tes filets et tes vergues, et te voyant partir et revenir avec tes mains calleuses et toujours prêtes à m’enlacer, à caresser mes joues et mes cheveux, à me faire des signes et des appels lancés depuis ton tillac qui monte et descend sous la houle. Toujours je foule le sable et l’eau, toujours je regarde la mer. Toujours je te cherche quand tu disparais, et je reste debout nuit et jour et je regarde au loin que pointe ta voile, et quand je la vois je m’assois un instant sur le sable de la plage et je réapprends à sourire et je me rappelle ton visage et ta voix et j’attends là sans plus bouger enfin que pour t’enlacer moi aussi, entre les cordages et les coquillages que tu ramènes toujours.

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