Litanies, kyrielle, énumération, voilà sans doute une manière de récapituler les propos tenus jours après jours – et surtout soirs après soirs – alors que les nombreux convives du chalet accoudés à la table – soit celle du dehors sur la terrasse aux heures douces, soit celle du dedans aux heures plus vespérales – engouffraient sans parcimonie aucune des quantités astronomiques de fromage et de pain, qu’accompagnaient tout de même légumes vapeur, pâtes fraîches ou autre préparation cuisinées avec toute la vergogne des marmitonnades savoureuses. De cette ribambelle de bons mots prononcés après quelques verres, citons bien sûr « papillon » employé soixante-sept fois, « appareil », cinquante-quatre fois et « refuge », quatre-vingt-huit fois. « Pique-nique » et « apéro » (en acceptant ses variations dialectales) furent dits en vingt-trois occasions, « gourde » en quatorze (sans que l’on puisse avec certitude déterminer son sens, au propre ou au figuré) et « courses » en quarante-six (idem, voir précédemment). « Abondance », « Emmental », « Tomme », « Reblochon », eux, eurent trop d’itérations pour en établir un compte exact, qui dépassa allègrement la centaine, voire bien davantage. Une mention particulière aux expressions « nombre imaginaire » et « e^(iπ) + 1 = 0 », qu’il fallut psalmodier sous les étoiles, lors de soirées aussi calmes qu’ésotériques, et ce au moins en
occurrences. Quant aux noms de lieux, il nous faut retenir surtout « Vallorcine », proféré soixante-dix-neuf fois, « Bérard », quatre-vingt-quinze fois, « Chéserys », trente-quatre fois, et « Planet », seulement douze fois. « Parapente » fut l’objet d’intenses conversations, à la suite du premier envol de quelques visiteurs de passage, et fut donc articulé quatre-vingt-une fois au cours de ces dîners loquaces.
Bref, un lecteur patient et obstiné qui serait parvenu jusqu’à cette ligne aurait compris que le séjour fut marqué par de longues randonnées dans les Aiguilles Rouges, de considérations marginales d’ordre démiurgique, et de repas pantagruéliques et délicieux, souvent conclu sur une note rigolarde et liquoreuse.
Bref, un lecteur patient et obstiné qui serait parvenu jusqu’à cette ligne aurait compris que le séjour fut marqué par de longues randonnées dans les Aiguilles Rouges, de considérations marginales d’ordre démiurgique, et de repas pantagruéliques et délicieux, souvent conclu sur une note rigolarde et liquoreuse.

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