mercredi 20 juillet 2011

Nuit carmine

Etincellent les verres
Suspendu à tes lèvres
Ces couleurs sont si ternes
Si terne ma langueur
A quoi bon, à quoi bon
Buvons.

mardi 12 juillet 2011

Check out within

Tout sur le même plan : le départ, l’arrivée ; décollage, atterrissage ; que sais-je de ces silhouettes découpées sur le sol et le ciel ?
Qu’elles sont assurément ailleurs tout en étant là, par le jeu de la lumière ?

Embarquement des ombres, porte 7…

vendredi 24 juin 2011

En parties Saigon II

En principe, donc :
- 10 familles de photos
- autant de place qu'il faut


(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

mercredi 15 juin 2011

Instant Karma

Ce n’est vraiment que quatre jours plus tard que je compris la portée miraculeuse de l’évènement auquel j’assistai, médusé, ce 11 juin, au carrefour du boulevard Phan Đình Phùng et de la rue Lê Văn Duyệt. Le début de la mousson avait déjà enfiévré les esprits et, en ce milieu d’année 1963, nul n’ignorait l’amoncellement des présages mauvais venus du centre du pays. On sentait les humeurs belliqueuses s’infiltrer dans les cœurs de tous, et, poussés par cette peur atavique des combats incessants, mortels et sanglants, on se voyait descendre une spirale vers les tréfonds obscurs de l’âme humaine.

Je ne connaissais rien de Thích Quảng Đức, si ce n’est que je voyais en lui un de ces moines du bouddhisme Mahayana si présent au Vietnam, et dont les pagodes pillées et brûlées par les affidés de Ngô Đình Diệm témoignaient du climat de tension extrême qui traversait la république du Sud. Ces persécutions envers les bonzes exacerbaient la défiance vis-à-vis d’un pouvoir honni et corrompu, et personne ne croyait plus en un règlement pacifique d’une crise qui durait déjà depuis de longues semaines. Pour autant, la population saïgonnaise en avait vu d’autre, et se résignait à courber l’échine devant l’arrogance d’une armée brutale et incompétente, en attendant la suite des évènements. Seuls les étudiants osaient encore tenir tête au régime, et subissaient les assauts de militaires à peine plus âgés qu’eux, dans les dortoirs et les pagodes. On ne comptait plus les blessés, et l’on craignait par dessus tout les réactions du clan Ngô.

C’est dans cette atmosphère lourde d’attentes vaines que je me dirigeai vers l’ambassade du Cambodge. Malcolm Browne – le correspondant de l’AP que j’avais rencontré plusieurs fois auparavant à la terrasse de l’hôtel Caravelle – m’avait prévenu qu’il y aurait dans la journée une mobilisation bouddhiste, que des moines venus de Huế étaient descendus dans la capitale pour protester contre la mise à sac de leur monastère, et qu’il fallait s’attendre à tout. Je n’avais pris qu’un carnet, pour pouvoir noter rapidement les faits, si son tuyau se révélait exact.

Le boulevard Phan Đình Phùng était déjà comble. J’aperçus, au loin, une longue procession de nonnes et de moines, précédés par une voiture de couleur bleu ciel, sur laquelle des bannières proclamaient l’exacerbation des sentiments des religieux persecutés. Au carrefour de la rue Lê Văn Duyệt, tout le monde fit halte. Les moines tinrent conseil un moment. Il semblait y avoir dispute, mais rien dans leurs agissements ne trahissait leur volonté de faire éclat. Soudain, un moine plus âgé sortit de la voiture, se détacha du groupe et vint s’asseoir au bord du trottoir. On lui apporta un coussin, et un jerrican d’essence. Toutes les robes firent cercle autour de lui. Le vieux moine se mit en position du lotus et entama un mantra, manipulant son chapelet. Puis, sans interruption, on versa sur lui le contenu du jerrican, avant qu’il ne s’immole par le feu, toujours récitant, toujours immobile, toujours assis. Ce spectacle fascinant ne souleva aucune protestation. Seul le feulement des flammes couvrait le silence de la foule hypnotisée. Moi-même, qui relate par ces mots ce que j’ai vu ce jour là, ne pus écrire une ligne. Le moine se consumait devant mes yeux, stoïque, ses vêtements en feu, sa tête noircissant, son corps se recroquevillant, sa silhouette disparaissant peu à peu sous les fumées épaisses. Nul murmure, nulle plainte, nul cri. Quelques sanglots, peut-être, venaient couvrir le silence de cette scène.
Ainsi périt Thích Quảng Đức, sur un coin de rue de Saigon, offrant au regard de la foule la plénitude de son destin.

L’affaire, bien sûr, fit par la suite grand bruit. Les moines, galvanisés, réclamèrent justice. Le corps carbonisé de leur martyr fut ramené dans la pagode qui avait vu naître la procession. Là, nouvelle crémation, pour délivrer le défunt. Et, au recueillement des cendres, l’inouï, l’inexplicable, le miraculeux : le cœur du bonze toujours intact, apres la double épreuve des flammes. Il n’en fallut pas plus à la foule, venue prier, pour crier victoire. Une victoire symbolique, certes, mais surtout, une victoire spirituelle contre le gouvernement ouvertement hostile à toute velléité de surnaturel bouddhiste. J’y étais. Je le sais. Ce sentiment ne m’a jamais quitté par la suite ; comment douter devant un tel acte de foi ? Devant une telle preuve de manifestation divine ? Mes écueils sont grands et je ne comprends pas toute la doctrine Mahayana – ni Theravada, d’ailleurs – mais je tiens à souligner ceci : ce n’est pas la mort que Thích Quảng Đức est venu chercher en cette journée du 11 juin ; c’est une rédemption, une renaissance, peut-être. Le voilà pour toujours Boddisattva. Et c’est que ce que crois.

lundi 30 mai 2011

Un marché bien tranquille

C'est vrai, c'est une tautologie : le grand marché de Chợ Lớn, c'est le grand marché du grand marché.

Baptisé Bình Tây par son principal bâtisseur, Quách Đàm, le voilà toujours trônant, prospère, sis au beau milieu de l'action, des ruelles marchandes, des coolies innombrables, des vendeurs infinis.

À se perdre un peu aux alentours, on aperçoit de temps à autre un reliquat d'un moment désormais achevé, d'un moment où le quartier tintait du son des talents d'or, dans les manoirs chinois, alors que naviguaient tout autour les jonques venues du Mékong.


dimanche 15 mai 2011

Les pigments imaginatifs


Errance dans le musée,
Œillades appuyées,
Des teintes du jour éteint,
Des formes des corps amorphes.
Et puis l'on se décide a,
Enfin,
Saisir en pixels tous les photons du lieu.
Ah.



dimanche 8 mai 2011

Pas d'échappatoire

S'en rend-on compte encore?
Oui, la ville bruit.
Elle vibre, elle glougloute, et surtout elle ronfle. Et de ce ronflement permanent, on ne peut que retenir les fréquences de ces flatulences motorisées, causées par ces échappements incessants de gaz plus ou moins opaques, transmis par ces tuyaux oblongs qui ne pipent rien d'autre qu'onomatopées mécaniques.
Pour preuve :



jeudi 5 mai 2011

Dongeons et démons

Compartimenter.

Rendre la ville découpable en unités indépendantes, avec pour chacun de quoi faire commerce, et se loger.
Tout cela - bien sûr - à moindre coût, et surtout uniformément, partout, le long des rues, des canaux, des allées. Une ville de commercants autochtones dociles et bien casés, faciles à taxer le cas échéant - et immobiles avec ça.
Le bonheur urbain.
Pourtant, quand on fait sécession, que l'on brise l'agencement décidé depuis des lustres, autant le faire illustre : monter, au-dessus du commun, s'affirmer finement et faire fi du status quo : Une tranche d'une autre vie est née.

dimanche 1 mai 2011

Du noir et blanc, mais célestes

Cela nous menace.
C'est le mois de mai.
Celui qui, nonobstant le fait de faire ce qui pourrait nous plaire, est celui de toutes les averses annonciatrices de la mousson à venir.
Celui où, pour un matin d'azur, on s'interroge sur le grisâtre de l'après-midi .
Celui où, vaille que vaille, on prend ce qui nous reste des reliquats d'Elios.

Et l'on s'en sert pour conjurer ce qui va suivre, pour les mois de pluies qui s'amoncellent dans les cieux futurs.

dimanche 17 avril 2011

Des doubles, des doublons, mais...

Qu'on se le dise, oui, il y a parfois redite, parfois.
Il y a aussi cliché, imagerie, usage d'une l'image ici, d'ailleurs, et répétition de ces épreuves.
Oui.
Et doit-on pour autant s'en repentir, de cet usage double, de cette décalcomanie virtuelle ?
Nenni : voyons !

vendredi 1 avril 2011

All my tickets, too


Et en prime, les souches de tickets à l'effigie de...

jeudi 31 mars 2011

All my posters

Bien du temps a passé. Point de remise à jour pendant plusieurs semaines, de quoi croire à une défection, pour de bon.
Et pourtant, non.
Juste un passage a gué, à presque perdre pied, et, sitôt de l'autre côté, des choses à écrire, un peu, et à montrer, surtout.
Ici, donc, deux projets d'affiche pour la pièce "Ils étaient tous mes fils" dont les représentations auront lieu le 25 et 26 avril prochain, toujours dans notre salle attitrée, là-bas, vers la rue Mac Dinh Chi. L'une et l'autre réalisées par les soins d'un Bui Doi bien pris...

dimanche 27 février 2011

La vitre intouchable

Cela commence par cela : on est assis par terre, sur une moquette profonde, et devant soi il y a cette fenêtre qu'on ne peut ouvrir, qui donne sur un ciel plombé. On ne peut se lever, parce qu'il y a ces deux sièges qui barrent la route. On voudrait bien s'approcher, voir le dehors mieux que ça, mais on reste assis là. Cela dure assez longtemps.

Plus tard, sans trop d'explication, on entend de la musique, qui vient d'en bas. On se retrouve tout contre les carreaux, et on peut regarder en contrebas. Le bâtiment est étrange, la fenêtre est protubérante, on voit bien - il n'y a point de voisins - la foule qui se range au-dessous, au son du rythme martial. Il y a aussi des badauds, le long de la plage, et le chuchotement des vagues, plus loin, audible quand même.

On est là, devant la fenêtre, et tout d'un coup le tableau s'anime, et les pas de danses commencent. On est là, on ne bouge pas, on reste debout.
En bas on danse, et on reste debout.

dimanche 13 février 2011

Prises de Têt #11

Réflexion faite,
il nous semble que
tu devrais, tu devrais
la faire, la faire,
faire la tête.

vendredi 11 février 2011

Prises de Têt #10 - Score à zéro

Dommage.
D'autant que.
Pourtant si ?
Eh bien non...

dimanche 6 février 2011

Prises de Têt #9

L'escamotage
des visages
hélas, j'en
joue
et vous ?

mercredi 2 février 2011

Prises de Têt #7

Du sable sous les pieds,
et des sentiers
à parcourir
autour des maisons.
Le feu est à proscrire
en cette saison
de sable
de sente
de familiarité.

Prises de Têt #6 - Boire à la tasse

Goulûment
et toujours
cul sec.

Con Mèo ? 一頭兔 ?

Moi ? Oh, vous avez, oui, je suis assez satisfait, même si je regrette que mon copain lièvre doive courir la garenne juste pour trouver une miette de notoriété en Chine. C’est vrai, lui aussi a droit à son coin de ciel…
Mais revenons au débat, voulez-vous ? Vous me dites : « pourquoi vous dans ce panthéon des douze animaux ? »

Commençons d’abord par dire que le Dragon - bien sympa pour le massage des vertèbres – n’est pas un animal, mais une projection de ces humains un brin avinés qui voient en chaque figure serpentine l’émanation d’un saurien disparu. Libre à eux, hein. Ensuite, quoi ? Vous voulez l’histoire contée par un félidé ? Celle du choix des douze ?
Ok. Reprenons depuis le début, donc. D’abord, il faut vous mettre en tête qu’a cette époque, le boss, l’Empereur de Jade, avait quelques problèmes de mémoire. Tout rigide et conservé fut-il, impossible pour lui de se souvenir des années qui passaient, et qui passent encore, et, de son âge plus ou moins canonique (je n’épilogue pas…), le voilà qui décide de convoquer quelques-uns de ses affidés pour l’édification d’un mémo. Il siffle, il gronde, il psalmodie, il fait tant, si bien, que tous on se précipite.
De là l’histoire, voyez : le Buffle broute peinard, pas trop loin, et vient aux nouvelles. Le Rat – tssss –, grimpe aussitôt profiter du brouteux et lui pique la pole position… Vient ensuite, tout ensuqué, le Tigre, geignant que la nage n’est point pour lui naturelle. Tout comme lui, mon camarade lièvre – que je remplace ici suite à son congé en ces contrées miennes – que la traversée a gué n’a point échaudé, arrive à point nommé. Suit le Dragon, que l’Empereur entreprend de sermonner pour être si tardif. Balèze, le Dragon lui rétorque que bon, d’abord sauver des populations lointaines de l’empire devant des flots déchaînes et des périls par milliers que d’obéir illico au sifflet du maître. Ça calme.
Si bien que le serpent – toujours animal en sus – me frôle en silence sous le grondement du galop du cheval, et chacun vient se gondoler aux pieds du trône.
Les trois suivants m’ont bien fait marrer : vous imaginez, une chèvre, un singe et un coq, tous embarqués dans un esquif à la noix et qui manquent se noyer pour nous rejoindre. Le plus beau, c’est qu’ils finissent par sortir de la flotte sous le regard attendri du boss. Qui leur dit, toi toi et toi, huitième, neuvième, dixième, bravo, bien joué.
Le onzième, lui, est toujours aussi con. Il aurait pu se la faire en tête – il sait nager – mais sitôt devant la rivière, il s’est mis à déconner tout seul comme le gros Chien qu’il est. Le dernier ? Vous vous en doutez ! La panse déjà pleine, et se dandinant avec grâce, voila le Porc qui grouine, que le boss admet, bon prince en douzième. Fin du ban.
Et c’est la suite de cette soi-disant légende qui me débecque, vous savez ! Parce qu’on prétend que moi je serai arrivé en retard, hagard et pauv’treizième. Eliminé de la compet’ ! Par ce rat perfide qui m’aurait jeté, battu, foutu à l’eau...
Ou que – pire – mon goût pour la sieste m’aurait coûté le firmament…
Rien de plus faux, faut demander aux bonnes personnes, c’est tout !
Sur ce, hein, chunc mung !