vendredi 7 novembre 2008

Les poses égarées #2

- Ça ne me revient pas…
Il sourcilla.
- Quoi donc ? Ce sont bien des photos que tu as prises ?
- J’ai trouvé ces rouleaux de pellicule au fond d’un vieux sac. Un sac de voyage, un truc que je devais utiliser avant, peut-être avant de venir habiter ici. Les pellicules se sont retrouvées ensuite sur la cheminée, ou elles ont dû rester bien plusieurs mois. Deux bibelots de plus dans mon fouillis, que j’avais finis par ne plus apercevoir. Ce n’est qu’il y a deux semaines que je les ai emmenées pour les faire développer. Comme cela, le temps était venu, et voilà.



- Je peux voir ?
Je lui tendis les deux feuilles. Il leva le bras, commanda un café, et se rencogna.
Deux planches : sur la première, une série de paysages, vraisemblablement en Italie. Florence, pour sûr, Sienne, Pise et puis la campagne, un village ou deux, San Giminiano, peut-être. Sur quelques unes des images, une jeune fille asiatique, qui sourit.


La seconde planche représentait une succession d’instants saisis au cours d’un repas – d’un dîné, ai-je pensé en observant les lampes allumées et le vin sur la table.

jeudi 6 novembre 2008

Les poses égarées #1

Je n’avais pas encore eu le temps de décacheter la grosse lettre que je portais sur les genoux. La clochette de la porte du café grelotta plusieurs fois quand il entra. Il portait toujours son long imperméable bleu marine, même en ce matin clair. Il vint s’asseoir à ma table et appela un garçon pour son café, un long café noir qu’il prit sans sucre, en lentes lampées, tandis que je ne pipai mot.

La grosse enveloppe était commune : marron clair, aux rabats bien collés, aux cornes bien droites. On me l’avait remise avec un peu de retard : le labo photo avait été à cours de produits chimiques, et j’avais attendu sans trop y penser, sans trop savoir à quoi m’attendre. Et, comme cela, elle était sur les genoux, encore close, et il buvait son café, absorbé par des ruminations bien à lui.

- Tu ne l’ouvres pas ? finit-il par me demander lorsqu’il posa sa tasse.
- Si, bien sûr, dis-je.
Et je procédai donc, d’un coup de pouce. Je déchirai, et sortis deux pellicules développées et deux planches-contact. On pouvait y voir plusieurs bandes noires et blanches, assez contrastées.

jeudi 23 octobre 2008

Toujours rue Dien Bien Phu #3

De la terre jusqu'au ciel,
pavé après pavé,
à cloche ou
à deux pieds,
sans ce soucier du reste...

lundi 20 octobre 2008

Le Ben Nghe se meurt

Cloaque, certainement, mais délicatement moiré de couleurs célestes.
L'arroyo se meurt doucement, abandonné des chalands qui ne peuvent plus accéder au fleuve.
Saigon prend la mesure du nouveau siècle : la voiture a besoin de nouveaux terrains de jeu. C'est là, donc, que s'étendra l'autoroute, en bordure de quai.
Le vieux quartier chinois ressemblera alors peut être davantage à un morceau de la Chine actuelle...

dimanche 19 octobre 2008

Ben Nghe forever

Pont, de nouveau.
Pont de fer qui enjambe l'arroyo qui, autrefois, voyait tous les bateliers chinois approvisionner Cho Lon.

Pont rouillé maintenant, qui vibre au rythme incessant du passage des vélos - à pédales ou à moteur - et sur lequel on se pose toujours pour que le monde se voit passer.

samedi 18 octobre 2008

Mettre l'heure en scene

Soirée d'échanges théâtraux chez A. ce soir. On goûte à l'ivresse des textes vite lus, en italiennes improvisées, pour en extraire nos impressions.
C'est un jeu de rôles peut-être trop préparé, parce qu'à la lecture il est difficile de se faire une plus large idée.

Qu'importe, l'intérêt est dans l'échange, la contestation, l'appariement.
Accessoirement, on en viendra peut être à choisir une pièce en kit, a monter soi-même, avec deux ou trois bouts de ficelle.

vendredi 17 octobre 2008

Gimme Gimme Gimme Banh Mi

Ça ne mange pas de pain, de faire une photo à la ABBA, sans même s'en rendre compte.

mercredi 15 octobre 2008

Toujours rue Dien Bien Phu #2

On a beau engager la conversation sur un ton badin, passant rapidement sur le fait que l'on n'est pas d'ici, manifestement, mais que l'on comprend tout de même un peu ce qui se dit,
et invariablement le discours se fait un peu coquin. On est entre hommes, après tout, et si évoquer la quéquette n'est pas le fait de personnes bien nées, ce n'est pas notre problème.
Alors on échange quelques grivoiseries, parce qu'il faut bien vivre, aussi, et, accessoirement, on saisit l'instant d'une photo souriante.

lundi 13 octobre 2008

Toujours rue Dien Bien Phu #1

- Vas-y ! Allez, la ! il veut que tu le prennes ! Allez !
Il est certainement aussi surpris que moi. On l'encourage de plus belle.
- Allez ! Une photo !
Il se découvre vite.
On en fait autant.


dimanche 12 octobre 2008

Le soleil donne

Apercevoir, au détour du chemin des swastikas, rappelle toujours l'emploi équivoque de ce signe religieux. La, façonné en brique d'aération, il doit donner à la brise un air découpé en quatre vents. Est-ce que, seulement, le bâtiment est occupé ?

samedi 11 octobre 2008

National park folk tale teller

Il a remisé sa Remington, et ses Winchesters. Râtelier plein, pipe de maïs prête, il n'a pas encore imprimé à son rockin' chair la cadence idoine. C'est qu'il vous attend, lecteur, pour vous conter l'histoire du plus grand disquaire de tous les temps. Et rien ne l'arrêtera : ni les 33, ni les 45, ni les K7 et encore moins les LP... Rendez-vous ici, pour écouter les souvenirs de Yosemite.

Double V

La rue Dien Bien Phu est à Saigon une rue où l'histoire est allée trop vite. C'est l'entrée depuis la route d'Hanoi, celle qui commence au sortir du pont qui sépare les terres du haut et celles que la ville a dressées tout autour.
Tout se jette dans cette grosse artère, si large qu'elle saigne jusqu'aux quartiers centraux. Et tout y passe, des immenses camions aux bus complets, et, bien sûr, cet essaim incessant de motos vibrionnantes.
A côté, puisqu'on a fait large, un trottoir de briques mal enchâssées, où se marre quelque pylône.

lundi 6 octobre 2008

Caterpillar

Au 54 rue Dien Bien Phu, on répare encore les chenilles.
Je ne connais pas l'empattement : Américain ?, Coréen ?, Japonais ?, Chinois ?...

vendredi 3 octobre 2008

Cthoniennes averses

Un pan de ville vient de s'effondrer. Il était là, c'était une ligne de plus dans l'horizon déjà encombré de Saigon, mais on pouvait toujours distinguer cette silhouette au deuxième - ou troisième - plan.

Mais là, plus rien, seulement un champ de décombres, que les enfants du coin ont vite fait de conquérir. Le terrain, vague maintenant, longe un canal. deux ou trois arbres ont daigné étendre leurs racines, et rien ne leur fait pour l'instant ombrage.

Au crépuscule, comme tous les jours à six heures pétantes, le vent est tombé, les éclairs illuminent le ciel bouché, le sol réclame une fois de plus sa sauce. La pluie arrive.

lundi 29 septembre 2008

Trois couleurs

Du jaune et du brun, mais du jaune surtout.

Du bleu et du blanc, mais le blanc ne compte pas.

De l'ocre et du noir, encore, et l'ocre, surtout.

samedi 27 septembre 2008

Sous le pont, mire l'eau

Transposer l'onde si lasse d'Apollinaire au cours d'eau fangeux qui serpente entre les maisons de Saigon, voilà un raccourci intempérant ! Et pourtant, voila bien une eau lassée de ses scories, une eau molle et épaisse qui roule sur elle-même en vagues tourbillons, et qui ne sait plus où se jeter. S'y reflètent aussi les silhouettes de passage, les hommes qui ne daignent plus regarder au-delà du pont, qui n'ont pas de ces chagrins qui leur ont fait dire un jour que les jours s'en vont mais qu'eux demeurent.

jeudi 25 septembre 2008

Plastic bag fish

Chat, clown, coffre, épée, globe, lune, rouge, scie, pilote, plat ou bien volant, le poisson saura toujours se vendre au coin d'une rue, à coup d'œillades remarquées et racoleuses. Il ne craint rien, noyé dans son élément.

Il ondoie, il virevolte, mi-gracile, mi-nonchalant. Et il se fiche bien d'appâter le client.

samedi 20 septembre 2008

Va et viens !

Rivées à leur guidon, les femmes passent régulièrement d'un bord à l'autre, dans un sens puis dans l'autre, convoyant dans leurs paniers toutes sortes de choses, bonnes ou mauvaises, à manger ou à boire.
Riveté, le pont qui les supporte voit passer aussi les trains, dans un sens et dans l'autre, mais seulement lorsque le drapeau est levé. Alors, guidon en main, les femmes attendent sur la rive que cesse de vibrer la chaussée étroite et métallique, pour traverser encore.

lundi 15 septembre 2008

Que d'esprit

C'est que ça mouline, la dedans.
Qu'il est tout a fait vrai de dire que le ventilo aère l'air.
Qu' il a bien fallu un jour que quelqu'un souffle le premier vent, et que de brise en brise, de rafale en rafale, on hume l'air du temps.

Nb : plus tard, un travail sur les ventilos de Saigon pas piqué des hannetons, quand j'en aurai capturé assez...

samedi 13 septembre 2008

Embrayage

Et l'on reprend les circonvolutions, urbis et orbis, pour ne jamais épuiser les possibilités de pertes et retrouvailles.
Et l'on s'étonne d'entendre parfois d'autres que soi se dire que l'on a fait le tour.
Et faire le tour, qu'est-ce, si ce n'est poursuivre une trajectoire en boucle, avec pour perspective de redécouvrir toujours et tous les jours ces chemins, ces rues, ces maisons, cette carte mentale que la ville s'amuse à modifier en permanence.
L'on y retourne ?